A La Recherche du temps perdu

 
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I’m back! 16 novembre, 2006

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 1:08

      Oui. Si l’on part, il faut bien un jour revenir…Cela vaut bien sûr pour les périples sur terre, mais aussi de ces « voyages immobiles » qu’on fait avec la tête, le coeur.

      Je suis parti. Je suis revenu. Seul. Mais pas si malheureux que ça. Soulagé. Comme libre.

      Et si les voyages forment la jeunesse, les chemins sur la Carte du Tendre forgent des enseignements plus rudes, mais plus utiles. Et qu’ai-je appris?

      Que j’ai des amis. Des vrais. Que je suis capable plus souvent de faire de mal que de bien. P*** pourrait vous le dire…

      Alors, je suis revenu, j’ai appris, et je ferai en sorte de devenir meilleur.

 

 
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Ma vie à la campagne 18 août, 2006

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 14:06

Quand je quitte Paris écrasé de chaleur pour retourner en vacances dans mon fief, je n’ai en tête que des idées de fraîcheur, de rythme dolent et de farniente. Pour une grande part, je ne suis pas loin de la vérité…Si la maison familiale n’est pas exactement à la campagne, la ville où elle se situe est si petite que la verdure est toute proche. Et j’ai la chance qu’elle soit dans un coin de France qui peut être un vrai petit paradis, pour peu que la météorologie y mette du sien! Et les étés de canicule y sont merveilleux…
La construction ancienne de la maison a pensé à aligner toutes les portes et fenêtres; quand la température monte dangereusement (pour les vieilles carcasses), à l’ombre des volets clos, le moindre petit air circule, agite les rideaux et glisse délicieusement sur la peau…Quand vraiment il fait trop chaud, vingt minutes de voiture suffisent pour être au bord d’un lac de montagne.
Imaginez une eau bleue, calme et posée entre des collines couvertes de sapins; sur un bord, une plage, petite mais claire et au sable (presque) fin, protégée du vent. Etendu là, on ne voit aucun bâtiment, aucune construction humaine venant barrer l’horizon. Pour un peu, on se croirait l’explorateur qui a découvert l’endroit. Le soleil mord la peau, juste assez pour donner une délicieuse couleur caramel: on est en montagne déjà et l’air est frais; la canicule chauffe l’eau du lac, juste assez pour la rendre agréable: cette année, elle est à 26°C, deux palmiers et on se croit à la Barbade! Un livre, la pensée continuelle des jours qui passent et qui rapprochent du moment (magique) où je serai face à R***, dans son pays…Le Paradis!
Presque!
La plage n’est pas si calme…Et la présence des touristes est vite, comment dire, gênante…L’endroit est très fréquenté l’été par les Hollandais et les Allemands: on a les vacanciers qu’on peut et les nouveaux riches russes préfèrent Saint-Tropez! Allez savoir pourquoi! Sans doute pour compenser d’avoir moins d’argent, « nos » touristes misent sur une débauches de décibels, à défaut de champagne…Enfin, ils sont néanmoins charmants, pas toujours polis mais sociables et conviviaux. Et si je n’avais pas un goût exclusif pour les bruns, je serais allé toucher deux mots à plus d’un exemple parfaitement beau de la race aryenne…(Je taquine, Pirate!)
Mais ces moments ne sont qu’une part de mes vacances puisque je suis dans mon fief et donc en famille. J’épargnerai à mes lecteurs le passage à propos du bonheur d’être en famille, retrouver le milieu dans lequel j’ai grandi, se retrouver un peu aussi. La famille, c’est précisément tout un milieu avec ses lois, ses codes aussi stricts que l’armée. Interdiction absolue de venir déjeuner sans être lavé ni habillé…Sortir le matin, c’est uniquement pour les courses de bouche, pas question de faire du shoping à ce moment-là; ce dernier se fait après 16 heures; parfaitement inélégant d’être vu devant une vitrine avant! De même le bord du lac et la plage, c’est uniquement l’après-midi. Bien sûr, on ne parle que de deux lacs, l’un pour les heureux propriétaires de bateaux (le gratin), l’autre pour les « piétons »…Il existe de nombreux autres lacs mais y aller paraitrait vouloir changer de classe sociale! Il n’y a pas de grands dîners l’été (trop d’amis sont partis en vacances) mais des « petits trucs entre soi »; il n’y a pas de jours réservés, mais le jeudi soir est devenu élégant. Pas question d’aller au restaurant le samedi soir: c’est pour les paysans qui « sortent »! Le vendredi est pour les jeunes et les couple illégitimes…D’une manière générale, les restaurants sont pour ces derniers et on invite beaucoup chez soi. Là, deux cas de figure se présentent. Il ya ceux qui ont opté pour la campagne; la maison doit alors compter au moins cinq chambres et la piscine est indispensable: une bizarrerie pour une région de France où l’on peut se baigner environ qu’un mois par an! L’an dernier, les chandelles faisaient fureur, cette année, ce sont les dais moustiquaires…vague héritage de la Shikungunia sans doute…Pour ceux qui sont en ville, on leur pardonnera la mauvaise qualité de la viande (LE boucher a la mauvaise habitude de prendre ses congés en août!) mais pas l’absence d’un jardin, si exigu soit-il. Et ceux qui ont l’audace d’inviter à l’intérieur doivent s’entendre dire que leur appartement est joli mais qu’on y étouffe…
Vous aures compris ma description du charme d’une petite ville de Province. Et je pourrais citer des dizaines d’autres exemples! Ah, les conversations des dîners! Du grand art! Cela pourrait se résumer à « qui couche avec qui? » et « mes bonnes adresses »! Dix ou vingt femmes peuvent lancer un coiffeur et défaire la réputation d’un pâtissier. Il faut voir la mine de désolation horrifiée qu’elles prennent si on leur dit: « J’ai pris mes petis fours chez X. », et vous avez alors compris qu’il fallait se fournir chez Y…Et les cancans! il semble que le mariage n’ait été inventé ici que pour permettre aux heureux détenteurs de secrets de polichinelle de révéler qui le bafoue pour la quatrième, non, sixième fois, avec…mais si! Tu la connais! Elle était mariée avec…avant et puis elle est sortie avec…qui lui est parti avec…, la fille de….qui avait épousé…on n’en sort jamais et je me rends compte que, malgré l’éloignement, je connais encore tous ces noms, si l’intérêt qu’ils me procurent a à peu près disparu.
Heureusement, il existe des moyens de survivre! D’abord, une famille relativement indépendante par rapport à ces règles et qui n’hésite pas, au risque de choquer, à les enfreindre. Refuser une invitation parce que c’est le soir d’un concert (la culture? Quelle horreur!), rentrer indécemment tard du lac pour en manquer une autre (« désolé…il faisait si beau, nous n’avons pas vu le temps passer! ») et avoir eu le bon ton de se faire des amis ailleurs dont accepter l’invitation de bon coeur permet de ne pas en honorer d’autres ici, de politesse. Mais surtout, pour moi, développer la monomanie du repos absolu et de bronzette intensive, cultiver une réputation de solitaire pour n’être présent qu’au strict minimum autorisé de dîners (comprenez ceux où mes amis seront aussi!); afficher une arrogance parisienne qui fait que la seconde fois, maman est invitée seule…Je vous le dis: le paradis!

 

 
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Bulletin spécial 1 juillet, 2006

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 20:25

Andre Agassi

       Aujourd’hui, Andre Agassi a perdu au troisième tour du tournoi de Wimbledon face à Nadal, en trois sets 7-6 (7-5), 6-2, 6-4. Le joueur américain prendra sa retraite, à 36 ans, après l’US Open, en septembre. Il a donc fait ses adieux au gazon anglais: « J’ai passé des années superbes ici. Je ne pourrai jamais vous rendre tout le soutien que vous m’avez donné. Je vous remercie pour tout cela. J’ai eu le privilège de venir ici souvent, ce dont rêve tout joueur qui veut devenir professionnel. » a-t-il dit, très ému, aux spectateurs.

       Je veux rendre hommage à ce champion hors du commun. Seul joueur de l’époque moderne à avoir réussi le Grand Chelem (remporter l’Australian Open, Roland Garros, Wimbledon et l’US Open), médaille d’or olympique, il ne lui manque que le record de titres dans ces mêmes tournois (douze, contre treize pour Sampras, son rival des années glorieuses). Il a gagné son premier titre du Grand Chelem (à Wimbledon) pour mes vingt ans. Et puis, il a eu une traversée du désert mais a su revenir au plus haut niveau. Il a toujours fait preuve d’une détermination, d’une humilité, d’une patience qui lui ont permis de gagner à nouveau, d’être numéro 1 à nouveau. Son professionnalisme, son mental de gagneur en ont fait un vrai grand champion. Un modèle.

       En effet, il a aussi accompagné ma vie depuis les débuts de sa carrière. Il m’est arrivé de traverser des périodes sombres; alors, je pensais à lui, à son indomptable force, son énergie pour gagner, et je relevais la tête. Mes amis me soutenaient, mais lui me portait, vers mieux, vers des lendemains que je savais meilleurs puisque lui avait rendu les siens tels. La volontée incarnée.

       Mon champion, je te remercie.

 

 
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Le verrou 18 juin, 2006

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 20:34

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       Ecrire, réfléchir (un peu) à propos du film « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola, m’entraîne vers l’un de mes romans favoris, Les Liaisons dangereuses de Laclos. Hier, mon  correspondant et ami de Taroudant, Youssef, m’a demandé de lui envoyer ce livre; le paquet part demain (puisque je crois beaucoup à la vertu des menus cadeaux pour entretenir l’amitié ou tout autre type de relations…)

       Sur le moment, j’ai trouvé sa demande étrange; quoi de plus loin que l’oeuvre de Laclos de l’univers d’un Marocain croyant, pratiquant…Et puis, à y réfléchir, je me suis dit que peu de choix pouvaient être meilleurs pour qui veut entrer dans l’âme française. Je n’entreprendrai pas de détailler toutes les raisons qui le prouveraient: il me faudrait relier ce que j’écris!

       Mais une ou deux choses quand même…Il me semble que la France est l’un des rares pays qui, à l’époque moderne, a poussé aussi loin la sophistication dans l’étude du sentiment amoureux. Trois femmes dans le roman, trois caractères fort différents. Je pourrais dire aussi trois états, (étapes?) d’une même femme. En « entrant dans le monde », chacune a pu être une Cécile de Volanges, naïve, jolie, ne sachant rien mais curieuse. L’une, Madame de Tourvel, a choisi la soumission, au mari qu’on lui a donné, aux règles morales et religieuses; l’autre, Madame de Merteuil, a opté pour la liberté, la sienne, celle qu’elle a compris qu’on lui volait parce qu’elle était femme. Bien sûr, il existe des différences fondamentales entre ces deux personnages. Mais, Madame de Tourvel est-elle si pure qu’elle accepte de correspondre avec Valmont quand un silence total aurait dû être sa seule réponse? Madame de Merteuil est-elle si noire qu’elle fasse tout pour faire revenir Valmont et que pour lui seul, à lui seul, elle parle d’amour sincèrement (« Dans le temps que nous nous aimions, car je crois que c’était de l’amour, j’étais heureuse; et vous, Vicomte?… », lettre CXXXI)? Qu’elle tombe dans la plus simple jalousie? Et c’est bien l’amour qui vient tout précipiter.

       (Ah! Rencontrer l’homme fatal! Celui qu’on sait qu’on ne pourra plus oublier et qu’on doute si jamais il pourra vous rendre heureux…)

       J’irai même plus loin. Certes, la marquise de Merteuil se forge une carrière de rouée, avec délectation, en y usant de toute son intelligence, de tout son esprit. Mais n’est-ce pas l’unique moyen qu’elle ait trouvé pour entrer dans l’intimité de Valmont, y rester, et gagner son respect? Sa vie se passe en jeux de séduction, pervers, parfaits, qui lui laissent des plaisirs médiocres, avec des « manoeuvres d’amour »…; la seule grande satisfaction étant de raconter ses conquêtes à Valmont. Et quand ce dernier, l’imprudent, montre les signes d’un attachement différent pour Madame de Tourvel, le jeu perd de son charme, devient sérieux. Et ce n’est plus l’aimable hypocrite qui agit, mais l’amoureuse abandonnée qui veut survivre: « Quand une femme frappe dans le coeur d’une autre, elle manque rarement de trouver l’endroit sensible, et la blessure est incurable. Tandis que je frappais celle-ci [Madame de Tourvel], ou plutôt que je dirigeais vos coups, je n’ai pas oublié que cette femme était ma rivale, que vous l’aviez trouvée un moment préférable à moi, et qu’enfin, vous m’aviez placée au-dessous d’elle. » (lettre CXLV). Et, parès que Valmont est perdu, mort pour une autre, peu importe ce qui arrive…

       Je crois en fin de compte que Youssef pourra comprendre qu’une amoureuse française est ce que Dieu peut créer de mieux…ou de pire! Comblée, elle est l’amante parfaite, ou mêmes toutes (« J’ai pu avoir quelquefois la prétention de remplacer à moi seule tout un sérail; mais il ne m’a jamais convenu d’en faire partie. », lettre CXXVII). Délaissée, elle peut se faire terrible, ou désespérée (voir Les Lettres portugaises de Guilleragues).

(citations extraites des lettres de Madame de Merteuil au vicomte de Valmont, Laclos, Les liaisons dangereuses; reproduction du « Verrou » de J. H. Fragonard)

 

 
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La solitude frivole

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 0:59

Marie-Antoinette

       Le XVIIIe siècle a inventé la frivolité heureuse, sans état d’âme. Tout était gai, même les tragédies de la vie, l’innocence déchue, les guerres en dentelle. Aimer était le loisir d’oisifs. La trahison finissait en éclats de rire…La littérature de ce siècle enseigne l’honneur bafoué, la vertu prisée pour être mieux détruite. La cruauté élevée en art de vivre…Rousseau a bien prêché l’inverse, mais il se tournait déjà vers les paysages mélancoliques, romantiques du siècle suivant.

       A sa manière, le film « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola a su se débarrasser des roideurs hiératiques de la légende pour retrouver le frivole. Le monde pastel, noyé de champagne et de soleils couchants de ce film saisit, à mon sens, une certaine essence du XVIIIe. L’étrange vie de cette enfant-reine, que la fin tragique transforme en destin, est peinte sans rigueur historique, mais avec l’esprit du temps. Futile et lasse, la reine y apparaît l’incarnation du mal de ce siècle, la solitude. L’excellence du goût, des manières, des arts dissimule les faux-semblants des relation humaines. Si Des Grieux est inconsolable, c’est qu’il se retrouve seul à la mort de Manon; si la terre est un désert pour Paul, c’est que Virginie n’y est plus; si la marquise de Merteuil perd la face, c’est qu’elle a déjà perdu son unique amour, Valmont…

       Et si Marie-Antoinette se grise de diamants et de pastorales en carton-pâte, c’est que la multitude qui peuple Versailles lui est indifférente, hostile, la laissant absolument seule dans la posture d’une image statufiée: reine, mère de l’héritier. Et rien d’autre…

       Curieusement, le film n’a que peu de dialogues, ne célébrant pas ainsi l‘esprit français, la ciselure du mot, la vertigineuse perfection de la langue…Mais c’eut été donner une qualité aux moeurs de la Cour! Et puis, c’est un film, et les images se suffisent à elle-mêmes. Une frêle silhouette écrasée par les parois sombres d’une interminable galerie, une jeune femme frustrée, faussement radieuse au milieu d’une foule qui s’amuse et l’épie…et tout est dit. Et, finalement, les pâtisseries improbables, les coiffures extravagantes, les étreintes à la mode expriment autant la solitude frivole que les phrases élégantes et cruelles de Crébillon, Marivaux ou Laclos. Quoiqu’on dise, l’épuisement de structures parfaites mais vides de sens, l’annonce déjà d’une catastrophe, la mort certaine dans le satin et l’or…

(photo: Kirsten Dunst dans « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola)

 

 
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La fidélité et le Marais 12 juin, 2006

Classé dans : Les plaisirs et les jours... — Franck @ 23:29

       L’Américain qui visite le Marais trouve dans son guide des louanges sur le passé royal de ce quartier de Paris. Les hôtels particuliers qui s’y trouvent le prouvent et le Louvre n’est pas loin…Autrefois résidence des rois, il est devenu celle des reines! Et les gays sont restés plus proches qu’on ne croit de l’héritage royal en ce que, comme les rois d’autrefois, ils se dispersent entre maîtresses et mignons…

       Pourtant, les petites annonces débordent de bons et loyaux sentiments; ce ne sont que: « pas sérieux s’abstenir », « recherche compagnon pour la vie »…A les lire, on se demande si ces garçons n’occupent pas leurs soirées à repasser en boucle les « Sissi »! Mais il suffit de peu de temps pour se rendre compte que la belle impératrice n’est qu’un film et que la réalité est autrement différente. Et pour peu qu’on aille dans le Marais un soir de déprime, on en vient à se demander si la fidélité à un amour unique n’est pas comme les vieilles pierres de ce quartier: témoins d’un passé glorieux mais révolu!

       Et la question se pose: peut-on être fidèle quand on est gay?

       En ce moment, je suis avec Frédéric, un homme bien sous tout rapport. Il est beau, possède son appartement, me couvre de cadeau et pas un jour ne passe sans qu’il me dise « je t’aime ». Il n’apprécie pas le Marais et a priori, nous formons un couple parfait. il a si confiance que je peux sortir avec mes amis sans lui…Ce soir-là, j’étais dans un bar avec Sthéphanie, ma meilleure amie. Je tombe par hasard sur Philippe, une connaissance de longue date, un gaillard de 35 ans qui jure sur sa moto…Il est depuis quelques années avec Javier, un Brésilien mais le trompe sans un scrupule. Je l’intérroge et il me répond d’un air désabusé: « C’est comme ça dans le Marais! Etre fidèle, c’est dépassé! L’exclusivité est démodée…Et pourtant j’aime Javier; nous partons au Brésil cet hiver et il va me présenter à ses parents, c’est une étape essentielle dans un couple…Tu vois le blond là-bas? Tu le connais?… » Pour Philippe, le Marais est une pâtisserie où, comme toujours, on ne peut s’empêcher de choisir quelques friandises même si on a de quoi se faire des tartines à la maison.

       Peut-on être au régime quand un quartier entier d’une ville est un buffet ouvert à toute heure? Peut-on rester fidèle quand tant de sollicitations existent? Et ne serait-ce pas une fatalité d’avoir à se partager entre un compagnon privilégié et les autres?

       Le lendemain soir, dans une soirée mensuelle, je retrouve Gaël, vestiaire d’un sauna réputé, un beau gosse qui plait, qui m’avait plu…Ce garçon passe pour une garce totale. Il est marié tous les quinze jours et ne peut faire autrement que de tromper tous ses maris…Mais sa fatalité à lui est plus profonde; elle n’est pas, comme Philippe, une adaptation au milieu. Gaël doit séduire pour exister. Son sport, c’est la chasse; la validation de sa vie, c’est le regard conquis de l’autre… »A quoi bon plaire et séduire son mari? me dit-il. Quand tout est acquis, leur regard de chien fidèle me fait débander! Le problème c’est que tout le monde se connaît dans ce quartier! » Pauvre Gaël! Toujours à se faire prendre la main dans le mauvais slip!

       Dans une société où les repères deviennent flous, où exister n’est plus donné une fois pour toutes, l’infidélité et sa petite soeur, la séduction donjuanesque, sont-elles des moyens tangibles de se poser au monde? Quand un mec, puis un autre et encore un autre arrêtent votre regard en alerte, à l’affût, se sent-on moins transparent? Dans une ville où l’on peut se faire tuer sans que personne ne bouge un cil, l’intérêt, même éphémère, porté par les autres serait-il un moyen de prendre de l’épaisseur?

       Mais Philippe et Gaël ne m’avaient pas convaincu. Après tout, je suis avec Fred et nous au moins, nous croyons à la fidélité! Nous échappons à la mode du Marais et nous ne sommes pas tentés par les gâteaux succulents…Pas fashion certes, mais heureux. Nous n’avons pas à séduire pour exister puisque chaque jour apporte le meilleur à nous deux…

       La semaine d’après, je retrouve Sthéphanie et nous sortons encore…Fred est resté chez lui à travailler à son projet. A peine entré dans le bar, je le vois, Fred, mon Fred à moi, en compagnie d’un black sculptural…Je n’ai pas le temps de me composer un sourire qu’il m’a vu et a rougi…J’aurais dû me méfier: chacun de ses cadeaux était-il pour se faire pardonner d’une faute que lui lui seul connaissait? Je prenais Philippe et Gaël en pitié, je me sentais privilégié, dégagé des codes du Marais et voilà que je tombais de mon Olympe de candeur et de suffisance!

       Est-il utile de dire que je n’ai plus entendu parler de Fred? En revanche, j’ai revu Philippe quelques mois après. Il n’était plus avec Javier mais avec un médecin de province. Il changeait de travail et partait s’installer avec le docteur à la campagne… »Tu comprends, je me perdais dans le milieu! Ce n’était pas moi, ce dragueur, cette agitation…Javier est parti à cause de cela et je ne referai plus les mêmes erreurs! J’ai envie de calme, de simplicité, de ballades en moto en forêt…Arnaud aussi aime la moto et ses amis sont tous des hétéros mariés. Nous allons peut-être adopter un enfant!… » Qu’il ait échangé sa veste en cuir Jitrois pour une Barbour aurait dû me mettre la puce à l’oreille!

       Gaël aussi me réservait une surprise de taille! « Je vais épouser Julie dans quelques semaines…Tu peux pas savoir la tendresse qu’elle a dans les yeux, sa douceur…Avec elle, je me sens vivre pour moi-même, je n’ai pas à séduire et je peux enfin exprimer mon côté romantique…Le Marais manque tellement de romantisme! » Devais-je lui rappeler que c’était précisément à cause de mecs comme lui? Non, je me suis contenté de le féliciter pour son nouveau travail chez Laura Ashley…

       Alors? Que restait-il de mes questions à propos de la fidélité? Etait-elle impossible? Soumise à trop de dangers pour n’être qu’une illusion? Elle pourrait être le Graal que les gays recherchent, effrayés en même temps de son pouvoir…Parce que, qu’on ne s’y trompe pas! Etre fidèle, c’est accepter pleinement d’être deux; l’autre et soi. c’est embrasser l’idée que l’on devra construire une intimité close sans « intervention » extérieure…Et franchement, est-ce rassurant? Aller voir ailleurs, c’est facile; c’est l’intimité qui est difficile, hasardeuse. Elle suppose de savoir qui l’on est et de vouloir prendre des risques. Aussi, peut-on en vouloir à tous ces mecs du Marais d’être infidèles quand, pour eux, il est déjà si dur, voire impossible, d’être fidèle à eux-mêmes?

 

 
 

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